A. Nouvelles activités et population
1. Objectifs
assurer le développement durable des zones de montagne par l'établissement de population permanente
contribuer à l'aménagement équilibré du territoire
limiter (même très modestement...) l'asphyxie des métropoles urbaines et des régions périurbaines
2. Terrain d'intervention
Toutes les régions de montagne, surtout les régions non touristiques en voie de désertification, par exemple en moyenne montagne.
3. Propositions
primes à l'installation pour des porteurs de projet, comme cela se fait déjà dans la politique d'aménagement du Territoire avec les primes pour l'installation des entreprises dans les régions à revitaliser
aides complémentaires pour réhabiliter et occuper des maisons inoccupées dans des villages, pour les personnes souhaitant s'installer dans ces régions pour y vivre
aides et incitations spécifiques au télétravail pour les personnes résidant loin des grandes agglomérations
aide au développement de nouvelles activités économiques (par exemple téléservices)
4. Commentaires
comme beaucoup des propositions ci-dessous, ce genre de mesure peut évidemment tout aussi bien s'appliquer aux régions rurales de plaine
beaucoup de villages de montagne ne sont plus habités actuellement que par quelques personnes très âgées. Leurs héritiers n'auront la plupart du temps ni les moyens ni la volonté de reprendre leurs maisons pour simplement éviter qu'elles ne s'effondrent... Si rien n'est fait, ces villages seront bientôt en ruine.
il faut d'une manière ou d'une autre casser le cercle vicieux dépopulation/disparition d'activités. A la limite, les possibilités d'implantation de population nouvelle ne devraient pas être nécessairement conditionnées par l'existence préalable d'activités nouvelles, la présence de population suscitant d'elle-même des activités. On pourrait dans cet esprit accorder des aides spécifiques pour l'installation dans des villages de montagne à des RMIstes ou à des sans-logis urbains ; mais ce genre de proposition est dangereusement susceptible de dérives et pourrait donner lieu à des interprétations malveillantes (accusations de nostalgies ruralistes, voire de néo-pétainisme) ; certains ne manqueraient pas de penser aux "kmehrs verts"...
la difficulté d'accès qui était perçue comme l'obstacle majeur au développement de la montagne n'en est évidemment plus un dans une société post-industrielle où l'économie repose plus sur le transit d'information que sur le transit de biens matériels et de personnes.
B. Tourisme
1. Objectifs
favoriser le tourisme non-industriel
favoriser la diversification de l'offre touristique
2. Terrain d'intervention
toute la montagne, à l'exception des zones déjà dédiées à 100% au tourisme industriel (périmètre des grandes stations classées de sport d'hiver)
3. Actions
action individuelle : encourager par la demande l'offre d'activités de tourisme non-standardisé (gîtes d'étape, auberges sympathiques, lieux de convivialité authentique, petit commerce local, etc. ) ; en un mot, ne pas "consommer idiot" pour ses activités de loisir.
4. Commentaires
ce n'est pas toujours à l'État ou aux autres d'agir ; il y a des actions par lesquelles chacun de nous peut encourager ceux qui se battent pour faire vivre la montagne.
ce deuxième chapitre est évidemment à rapprocher du précédent (population) dans le sens ou la création d'un gîte rural peut représenter un projet d'installation dans une commune de montagne.
l'atout de la montagne française est d'offrir une large gamme d'hébergements qui permettent de trouver à la fois un confort tout à fait convenable avec les gîtes d'étapes ou gîtes ruraux et aussi une certaine liberté avec la possibilité de bivouaquer en tout point de la montagne, y compris dans les parcs régionaux (sous réserve de ne laisser aucune trace).
il ne faut peut-être pas privilégier exclusivement une approche trop "pure et dure" de la montagne. Le camping sauvage c'est formidable, mais les chambre chez l'habitant à l'autrichienne ou les gîtes à la française, c'est aussi une convivialité irremplaçable.
il y a suffisamment de refuges en montagne, nous en sommes tous d'accord : ils correspondent à une approche insulaire de la montagne, qui à la limite (cas de certains luxueux refuges-hôtels autrichiens), peut-être presque autant coupée du substrat culturel montagnard que nos stations de ski industrielles. Il faut plutôt privilégier l'hébergement dans les villages. Les gîtes d'étape sont le formule à encourager en priorité.
première règle de savoir-vivre touristique : ne pas arriver pour un séjour en montagne avec toutes ses provisions achetées d'avance à l'hypermarché de son lieu de résidence...
une enquête récente de la DATAR a montré que les besoins actuels des touristes sont : recherche de la convivialité, de l'authenticité.
5. Réflexions générales sur le Tourisme
i. Le tourisme : une composante du développement local montagnard.
La relation, qu'elle soit du domaine de l'action où de l'imaginaire, que chacun entretient avec l'espace montagnard, résulte notamment de l'image de la montagne donnée à la collectivité par les pratiques touristiques.
Mountain Wilderness privilégie une approche du développement local et du tourisme respectant l'intégrité des populations locales et des espaces naturels.
Dans le domaine du tourisme, cela conduit à des pratiques conduisant à la responsabilité des individus face à la nature et à ses aléas, ainsi qu'à un mode d'accueil où la convivialité trouve une large place.
Il ne s'agit pas d'étendre la notion de wilderness aux espaces habités de moyenne montagne, mais de réunir les conditions qui permettront à chacun, de manière pérenne, de percevoir la notion de wilderness, ou plus simplement un espace naturel non aseptisé ou urbanisé.
Le tourisme est une des composantes du développement local montagnard.
Il a souvent été considéré comme une industrie intensive et de nombreux espaces lui ont été sacrifiés.
Il apparaît que les attentes de la clientèle des stations évoluent vers des besoins de nature, de qualité et d'authenticité plus grands.
La plupart des stations de sports d'hiver ont aménagé, voire urbanisé la montagne à un tel point qu'il leur est difficile de satisfaire sur place les nouvelles attentes de leurs clients.
Nous assistons donc actuellement à des mouvements visant à satelliser à ces stations des villages ayant jusqu'alors échappé au tourisme " dur ".
Ces espaces et leurs habitants seront-ils sacrifiés sur l'autel de la reverdisation des stations intégrées et réduits à l'état de réserves folkloriques ?
Ce tourisme que nous appelons " dur " résulte d'une approche où la montagne n'est qu'un matériau au service d'une exploitation intensive des ressources financières des touristes, tolérés dans la mesure où leur contribution est significative.
Pour Mountain Wilderness l'alternative au tourisme " dur " ne consiste pas en un alibi " vert ". Elle doit être construite à partir d'une approche globale du développement, dans lequel le tourisme ne constitue qu'une facette, certes importante pour l'économie locale, parmi d'autres.
Il appartient alors aux élus locaux, ainsi qu'à tous les professionnels du développement local, de concevoir et mettre en uvre des projets globaux de développement intégrant l'environnement naturel dans les composantes humaines, patrimoniales et économiques : agriculture, sylviculture, artisanat, tourisme...
Nous encourageons donc les professionnels du développement, dont les élus sont au premier rang, à porter un regard neuf sur leurs problèmes et à s'assurer que les questions ont été posées avant que les solutions ne soient mises en uvre, notamment en matière d'aménagement touristique.
Les médias et l'État sont des acteurs importants dans la transmission de l'image de la montagne, tant auprès des populations et élus locaux que des touristes potentiels.
Les représentations communiquées actuellement privilégient le tourisme dans les " stations " et le ski sur pistes toujours équipées de remonte-pentes et d'enneigement artificiel.
Une approche alternative du développement touristique repose notamment sur une nouvelle présentation de la montagne et de ce qu'il est possible d'y faire.
C'est pourquoi il est nécessaire d'élargir les notions de " sports d'hiver " et de " station de sports d'hiver " actuellement exclusivement associées à ce que nous avons appelé le " tourisme dur ", à l'ensemble des pratiques hivernales en montagne et des lieux d'accueil concernés.
ii. Des espaces privilégiés : les zones périphériques des Parcs Nationaux.
Il est évident que l'intégrité des Parcs Nationaux ne s'accommode pas d'aménagements à outrance sur leur périphérie.
Il est donc stérile de prétendre jouer sur une opposition dans la vocation des espaces que sont les Parcs et leur périphérie.
Il nous semble plus positif pour les communes limitrophes et pour les Parcs de travailler sur la complémentarité des espaces.
Les communes situées en zone périphérique des Parcs Nationaux disposent d'atouts importants pour la promotion d'un tourisme " doux ". Certaines d'entre elles le reconnaissent maintenant.
Toutes doivent engager des démarches originales, ou le tourisme peut être développé en harmonie avec l'agriculture, la sylviculture et l'artisanat.
Pour cela elles pourraient être efficacement conseillées par les Parcs, qui travailleraient ainsi à atteindre un des objectifs que leur fixait la loi créant les Parcs Nationaux.
Il faut pour cela une réelle volonté politique de l'État, qui reste à exprimer clairement et à traduire par des moyens sur le terrain, à mettre à la disposition des Parcs.
iii. Une responsabilité partagée par la clientèle touristique et les pratiquants des sports de montagne.
Nous sommes conscients du fait que la demande, au même titre que l'offre, et les pratiques touristiques induisent un mode de développement, voire de non-développement.
Il importe donc que chacun, avant de faire le choix de son lieu de résidence de vacances, soit conscient de la portée économique, voire politique de son acte.
L'autonomie totale pratiquée par certains adeptes (nous en sommes parfois) des sports de montagne conduit parfois à ne considérer la montagne que comme un terrain d'aventure.
Là encore, interrogeons-nous, individus, encadrant de collective, responsable de club... sur la portée de nos actes.
Convivialité et simplicité sont des atouts d'un grand nombre de gîtes, refuges et commerces de montagne. Nos actions individuelles leur permettent d'assurer la pérennité de leur activité et contribuent au développement local.
C. Agriculture
1. Objectifs
maintien d'une agriculture spécifique à la montagne, qui ne cherche pas à se placer en concurrence directe avec l'agriculture industrielle
accent mis sur la qualité et la valeur ajoutée de produits spécifiques à la montagne (fromages, culture biologique, etc..)
promouvoir les activités d'entretien du paysage auprès des agriculteurs
2. Terrain d'intervention
les zones de montagne au sens défini par la loi "montagne" du 9 janvier 85
3. Actions
relancer et promouvoir plus dynamiquement le "label montagne" prévu par la loi du 9-01-85
aides à des activités d'entretien du paysage
compensations financières
encourager la pluri-activité
4. Commentaires
ce type d'action doit être complémentaire d'aides directes (entre autres pour les etc...), dont le principe finira bien par être accepté quand les mentalités seront sorties un peu du cadre de pensée productiviste qui a conduit à l'aberration hypocrite et gabegique du soutien des cours.
l'agriculture de montagne possède un énorme atout : c'est une agriculture de montagne. Aujourd'hui, le terme de montagne possède un grand pouvoir de médiation que les acteurs de la montagne doivent utiliser ; en effet, dotée de symbolique, la montagne représente le témoin, la preuve de ce qui est pur, et de qualité indéniable...
étant donné la faiblesse de la production agricole montagnarde, due aux contraintes climatiques, la logique de vente la mieux appropriée est sans doute celle des micro marchés : une vente directe sur place aux touristes par les gîtes, refuges, etc..., ou une vente semi-directe par l'intermédiaire des coopératives agricoles de vallées.
cette petite production permettrait de ravitailler en produits frais du terroir : hôtels, restaurants, gîtes ruraux, épiceries, ou directement les habitants et les touristes.
D. Activités éducatives
1. Objectifs
faire connaître plus largement la montagne et ses activités aux jeunes des régions de plaine.
favoriser la fréquentation de la montagne en basse saison (printemps, automne)
favoriser les échanges avec les populations locales, favoriser la connaissance mutuelle entre citadins et montagnards
équilibrer par ces échanges les perceptions culturelles de la montagne, à la fois chez les habitants de la montagne et les citadins
2. Terrain d'intervention
Tous les terrains de montagne se prêtant à des combinaisons d'activités ludiques (escalade, canyoning, VTT, parapente, etc...) et fréquentables au printemps et à l'automne ; par exemple Alpes du Sud, sud du Massif central, Pyrénées Orientales
3. Actions
Généraliser les "classes vertes" existant actuellement en diminuant la part des "classes de neige" trop exclusivement orientées vers le ski de piste pour en faire des "classes montagne" multi-activités, où les nouvelles activités doivent jouer un rôle d'appel, mais non exclusif.
Encourager les chantiers de restauration de monuments, hameaux, etc.. en montagne, par des associations.
4. Commentaires
Certains locaux de centres de vacances sont encore utilisés presque uniquement pendant les vacances scolaires d'été et pourraient être mieux rentabilisés par la généralisation des classes vertes.
E. Activités "sociales"
1. Objectifs
Faire bénéficier
l'environnement montagnard de travaux d'utilité collective accomplis dans le cadre de
stages de prévention ou de peines de substitution.
Exemples de travaux :
éliminer des vestiges d'installations désaffectées (usines, lignes électriques, baraquements, remontées mécaniques, barbelés),
nettoyer (ordures, etc...),
entretenir les sentiers.
2. Actions
Organiser en montagne des "stages" de travaux d'utilité collective, spécifiques à divers publics : "réinsertion sociale" pour des jeunes en difficulté, cas sociaux, peines de substitution pour délinquants mineurs, etc..
3. Commentaires
Pour ce type de "stage", il faut naviguer entre deux écueils : celui d'activités qui seraient perçues comme une nouvelle forme de travail forcé (entretien de forêts par exemple), ou à l'inverse de stages de loisirs ludiques qui seraient perçus par certains comme une prime à la délinquance. La bonne solution pourrait passer par une redécouverte de la "solidarité montagnarde".
Des expériences déjà
menées d'assistance et d'encadrement de handicapés physiques en montagne semblent
positives.
Exemple : St Sorlin d'Arves ; Septembre 1992/1993 : 10 détenus de la prison de Strasbourg
accompagnés par un aumônier de ladite prison et de trois animateurs, emmènent 5
personnes handicapées en randonnée en montagne à l'aide de "joellettes"
(chaises à porteurs équipées d'une roue) : les détenus offrent une aide physique aux
handicapés qui en retour leur donnent 15 jours de liberté, ainsi qu'une aide morale.
F. Réhabilitation de la wilderness
1. Objectifs
Rendre conformes à une image "wilderness" des espaces dégradés ou abusivement équipés
2. Actions
prélever une taxe sur les pollutions de la montagne (équipements d'altitude, lignes électriques, cols "touristiques" (Izoard, Iseran, etc...) et l'affecter à la réhabilitation des espaces : baraquements de chantiers, remontées désaffectées, barbelés et installations militaires, routes abandonnées etc.
fermeture de routes pour limiter la pénétration vers des extrémités de vallées (Cirque de Troumouse) des cols (Boucharo, Granon, etc...), des sommets faciles (le Charmant Som)...
démontage de remontées mécaniques pour libérer des espaces de randonnée à skis ou en raquettes.
3. Commentaires
La montagne est d'autant plus équipée qu'elle est facile d'accès, ce qui assimile fréquemment aujourd'hui les zones de wilderness à des terrains d'aventure réservés aux sportifs expérimentés et entraînés. Cet état de fait est largement à l'origine de l'amalgame "wilderness = élitisme".
G. Transport : desserte
1. Objectifs
améliorer la desserte par les transports collectifs
limiter l'utilisation des véhicules privés
réguler la fréquentation de la wilderness
2. Terrain d'intervention
les stations touristiques, y compris les moins "wilderness"
3. Actions
promouvoir un système de transport publique performant "à la suisse" desservant même les petits villages
promouvoir des "stations sans voitures" sur le modèle de nombreuses stations suisses
repousser vers le bas les points d'accès en véhicule privé
4. Commentaires
on ne vient pas en montagne pour retrouver l'ambiance des banlieues qu'on a quittées
l'idéal est évidemment une station accessible exclusivement par les transports en commun (Zermatt, Mürren, Wengen, etc..). On pourrait imaginer au minimum de repousser les voitures à l'extérieur du centre des stations dans des parkings (comme cela se fait à Saas-Fee ou Avoriaz), et éventuellement pour les stations "polycentriques" de rendre certaines stations satellites accessibles uniquement en remontées mécaniques depuis la station centre. Ce serait un atout publicitaire très intéressant pour ces stations. Un livre sur les hôtels "nids d'aigle" (non accessibles en voiture) en montagne a paru récemment : il est révélateur de voir qu'il n'y en a que 3 exemples en France. [Ce livre, "Nids d'Aigle dans les Alpes" est toujours disponible contre 80 FF franco de port auprès de son auteur : Alain Peyronel 30 Bd Jean Jaurès 06300 NICE ou, pour les parisiens, à l'Espace IGN Rue de la Boétie à Paris]
H. Transport : transit
1. Objectifs
limiter le transit des poids lourds, source de nuisances sans aucunes retombées économiques pour les régions traversées
2. Terrain d'intervention
les massifs frontaliers ; exemples : Mont-Blanc, Maurienne, Somport
3. Actions
instaurer une taxe spéciale sur la pollution en montagne
augmenter les prix de péages des tunnels
créer une mission nationale sur le ferroutage, les autoroutes ferroviaires, le transport combiné et multimodal
4. Commentaires
la difficulté est ici bien connue : la situation actuelle de priorité à la route est rendue possible par l'absence de vérité des coûts, et des intérêts très puissants sont en jeu pour maintenir les subventions cachées qui en résultent en faveur du transport routier.
l'initiative courageuse de nos voisins suisses en la matière doit ici encore servir de modèle
I. Protection des zones périurbaines situées au pied des massifs
1. Objectifs
lutter contre la banlieuisation rampante et le mitage de la montagne, pour conserver des zones "libres" accessibles aux piétons à partir des transports urbains (ou totalement à pied depuis le centre ville )
2. Terrain d'intervention
zones de montagne "rurbaine", dans le bassin d'attraction des grandes agglomérations, dans un rayon permettant le trajet travail -domicile journalier.
3. Actions
création et préservation de ceintures vertes élargies : équivalent des "recreation areas" américaines
encourager le développement des transports en communs, pas seulement entre les quartiers, mais aussi entre la ville et les ceintures vertes
promouvoir la création de "sentiers découverte" balisés (exemple : au-dessus de St-Ismier dans la banlieue de Grenoble).
limitation du mitage par des "plans de répartition de l'accès "
définition dans les POS d'un ratio clôt / non clôt, les "non-clots" pouvant être des terrains communaux
porter à la connaissance du public le tracé des chemins communaux
éviter par le respect des POS ou de schémas directeurs d'urbanisation la création de voies d'accès rapides en direction de zones nouvelles, éloignées des centres actuels, afin de réduire l'étalement par bons ou en tache d'huile de la zone urbanisée.
4. Commentaires
préserver la qualité d'une montagne au quotidien pour les habitants des agglomérations des régions de montagne (Grenoble, Chambéry, Annecy, St Étienne, Clermont-Ferrand, Nice, etc...) : ces agglomérations ont pour point commun que l'adossement à la montagne y a limité (très partiellement) la prolifération banlieusarde : il faut éviter que ces petits bouts de nature subsistant aux portes des villes ne disparaissent sous forme de propriétés encloses avec chiens de garde
ces zones ne sont de la wilderness qu'en un sens très relatif
le libre accès est ici fondamental
nos enfants doivent pouvoir découvrir la nature et la pré-montagne depuis chez eux par leurs propres moyens
J. Investissements publics
1. Objectifs
meilleure répartition des subventions publiques en faveur des communes mettant en uvre un développement respectueux de l'environnement
2. Terrain d'intervention
les zones de montagne au sens défini par la loi "montagne" du 9 janvier 85
3. Actions
création d'une "dotation environnement", distincte de la Dotation Globale de Fonctionnement, et basée sur des critères objectifs de respect de l'environnement
discrimination positive ("affirmative action") en faveur des régions de montagne aux niveaux européen, national, régional, départemental.
4. Commentaires
des mécanismes de péréquation existent déjà, mais jouent parfois en sens inverse de ce qui serait souhaitable
ce qu'il faut surtout éviter : des dotations touristiques proportionnelles aux places de parking dont dispose la commune, comme cela se fait actuellement !
pour utiliser des termes mis au goût du jour par un économiste médiatique, aller peut-être vers moins d'égalité pour plus d'équité.
K. Montagne européenne et Europe de la montagne
1. Objectifs
défendre et faire reconnaître une "qualité de vie montagne" au niveau européen
faire valoir la montagne (pas seulement les Alpes) comme le bien indivis de tous les habitants de l'Europe.
promouvoir une culture européenne de la montagne
2. Terrain d'intervention
Toutes les montagnes d'Europe
3. Actions
développer au niveau européen un système de label qualité "montagne nature" reposant sur le volontariat ; conditions d'attribution pour les communes ou pays concernés : un cahier des charges avec des actions concrètes à réaliser (limitation des nuisances, bruit, pollution etc... , amélioration ou réhabilitation esthétique (démontage de pylônes, enterrement des lignes électrique, soutien à l'agriculture, et un minimum de contraintes à respecter (pas de mitage et d'extension sauvage de l'urbanisation, pas de coupes à blanc ou de pistes forestières, etc...)
envisager toutes les actions proposées sous les thèmes ci-dessus au niveau européen, et encourager toutes les fois que c'est possible des échanges entre régions de montagnes.
4. Commentaires
en tant qu'espace de récréation européen, la montagne peut bénéficier d'une solidarité renforcée à l'échelle européenne. La contrepartie en est que ceux qui ont la chance d'y habiter ont le devoir de la préserver, et en aucun cas le droit de la vendre au plus offrant...
les deux pays qui
constituent les meilleurs exemples à suivre en termes de défense d'une certaine culture
de la montagne, la Suisse et la Norvège, ne sont pas membres de l'Union Européenne : ce
n'est malheureusement pas un hasard, et c'est pour beaucoup une vision trop économiste de
l'Union qui en est la raison.
Il existe une "Association Européenne des Élus de Montagne", qui a produit
récemment une charte européenne des régions de montagne. Ce genre d'association est une
possibilité d'échanges d'idées, qui pourront déboucher sur des actions concrètes.
Ce système de label est à la fois un moyen de promotion touristique et un atout
publicitaire pour la vente de produits issus des zones concernées, et éventuellement un
moyen de financer la politique en faveur de la montagne.
Le label montagne pourrait également être attribué à la commune à partir du moment
où un certain nombre d'acteurs économiques locaux auraient eux-mêmes bénéficié du
label montagne.
L. CONCLUSION ET PERSPECTIVES
Ce document n'est que l'état provisoire d'une réflexion qui doit se poursuivre. Son but est de servir de base à la reflexion au sein de Mountain Wilderness, ainsi qu'à l'extérieur du mouvement. Les propositions qui y sont faites devront encore s'enrichir de contributions de tous les membres de l'association, des spécialistes et des responsables concernés.
M. ANNEXES
Synthèse d'enquêtes de terrain
1. Gavarnie
Une commune dans un site naturel exceptionnel engagée dans un processus d'"embellissement, de protection, de développement".
Ce qui caractérise Gavarnie :
un site renommé, classé et protégé depuis 1930, bientôt classé "site mondial" par l'Unesco, qui attire chaque année plus d'un million de visiteurs,
une fréquentation hyper concentrée dans l'espace : le village, le chemin du Cirque, le col de Boucharo et la brèche de Roland, et dans le temps : juillet - août,
une situation économique difficile malgré la fréquentation : endettement important, station de ski de taille moyenne (10 remontées et piste de fond), ni industrie ni artisanat, hôtellerie médiocre, peu d'agriculture,
un urbanisme dégradé : envahissement par les voitures, les cars, les chevaux et les ânes ; architecture sans style.
La volonté des élus et de l'État d'agir pour :
protéger le site et organiser sa fréquentation,
donner au village une image digne du site naturel,
développer les retombées économiques de la fréquentation,
ce qui donne naissance en 1990 à l'opération "Gavarnie Grand Site".
Depuis 1990, les travaux réalisés ou engagés ont porté sur :
l'amélioration de l'accueil des visiteurs : aménagement de parking, amélioration de la gestion de la circulation, création d'un réseau de sentiers,
l'embellissement du village : pavage de rues, mise en souterrain de lignes électriques, réfection de l'éclairage public, amélioration de la signalétique, soutien aux projets privés d'embellissement des toitures et des façades, réfection et harmonisation des clôtures
Par ailleurs, des réflexions sont engagées sur l'allongement de la durée de visite, sur la fréquentation en demi-saison et en hiver, sur la coopération entre les hôteliers et les commerçants.
Aujourd'hui, la commune envisage de supprimer le stationnement au col de Boucharo et de le ramener au col des Tentes ou aux Espécières.
Le résultat de tous ces efforts ne s'est pas fait attendre : Gavarnie - Mont Perdu a été inscrit à l'inventaire du patrimoine mondial de l'Unesco au titre de "paysage naturel" et de "paysage culturel".
2. Pinsot (Isère, région d'Allevard. Altitude du bourg : 720 m).
Une commune face à la déprise agricole.
Ce qui caractérise Pinsot :
un paysage dominé par la forêt, essentiellement de résineux, essentiellement privée et parfois soumise à un régime de "coupes à blanc",
une histoire marquée par l'exode rural : 1200 habitants en 1780, population stabilisée entre 130 et 140 habitants depuis 1975,
la disparition progressive des cultures et des prairies : 16 % en 1956, 4 % en 1993,
une activité économique faible : deux agriculteurs à plein temps, une dizaine d'agriculteurs double actifs, un hôtel, un café, des résidences secondaires, les revenus d'une usine hydroélectrique.
En résumé : une commune qui risque de s'endormir sous ses arbres.
La commune fait partie des zones d'attribution de la Prime à l'Entretien des Zones de montagne Menacées d'Abandon mise en place par le Conseil Général de l'Isère.
La commune souhaite développer le tourisme vert et stopper la fermeture du paysage. Dans ce but, elle s'est dotée en 1986 d'une réglementation des boisements qui prévoit des zones de boisement interdit. Cette réglementation protège la plupart des zones agricoles, à l'exception de certains hameaux.
Une étude engagée par la Fédération des Alpages de l'Isère montre que des actions volontaires de gestion peuvent inverser la tendance observée depuis les années 50. 'l s'agit de sauvegarder les espaces actuellement entretenus, d'éviter l'enrésinement de nouveaux secteurs et de reconquérir certaines parcelles en friche. Pour la plupart, ces actions peuvent être conduites par la commune : faire respecter et renforcer la réglementation de boisement, procéder à des coupes pour dégager les hameaux "encerclés" par la forêt, mettre en place des plans de gestion avec les exploitants susceptibles d'entretenir des parcelles en friche, développer la coopération avec les bergers transhumants, sensibiliser et responsabiliser les habitants sur le thème de la fermeture du paysage, éviter l'implantation permanente de caravanes ou d'abris précaires etc.
3. Aussois
Une station village au développement maîtrisé, une orientation "qualité" à pérenniser. Depuis 1969, année de lancement de sa station de ski, la commune d'AUSSOIS bénéficie de nombreux atouts :
une population dynamique, actrice du développement communal , la proximité du Parc National de la Vanoise et d'un bassin d'emploi non touristique (Modane),
des ressources financières stables issues de l'énergie hydraulique,
un domaine skiable autorisant une dizaine de remontées mécaniques.
Grâce à une gestion saine, à une politique soutenue d'investissements, et aussi au rôle attractif et "garde-fou" du PNV, la commune a su créer des emplois, aussi bien pour ses jeunes que pour des nouveaux arrivants, préserver l'équilibre entre le tourisme d'été et d'hiver, réagir à la crise récente des sports d'hiver en divertissant son offre de loisirs et en cherchant une meilleure qualité d'accueil.
Aujourd'hui, comment aider Aussois ?
aider la reconversion des pluri-actifs Aussois - Modane, par exemple en développant l'artisanat ou la petite industrie dans le pays de Modane, valoriser le patrimoine architectural : restaurer les forts, reconvertir des vieilles fermes en gîtes d'étapes, améliorer les bâtiments agricoles et communaux,
libérer le paysage des lignes électriques,
pérenniser et étendre les contrats de maintien et de remise en pâture ou en culture des terres,
investir dans le traitement des déchets et l'épuration des eaux.
Pour toutes ces actions, le soutien financier et réglementaire de l'État est nécessaire.
Quant à la commune, elle pourrait désormais freiner sa croissance, tant au plan des équipements que de l'habitat, au profit d'une orientation durablement qualitative.
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Mountain Wilderness France