Dolomites : via ferrata contestée

 

François Labande

Chronique Mountain Wilderness du n° 167 de la revue AlpiRando (juillet/août 1993).

Photo Coll. Mountain Wilderness Suisse

Un livre paru en 1985 chez Arthaud portait le titre de "randonnée alpine dans les Dolomites", le vocable via ferrata ne figurait pas sur la couverture ; curieusement, tout le livre était consacré à la description de ces vie ferrate. Et cependant, nombre d'auteurs et de pratiquants considèrent la randonnée alpine comme une activité intermédiaire entre la marche et l'alpinisme, mais qu'en tout état de cause on exerce en pleine liberté, sans l'apport de moyens artificiels.

C'est au nom de la "liberté" que les créateurs de vie ferrate plantent depuis maintenant plus d'un siècle barres et échelles de fer dans la dolomie, protégés par la "démocratisation" de l'escalade. Or une loi a été votée il y a quelques années dans la région Vénétie - faisant tache d'huile dans les régions voisines. Elle restreint largement cette "liberté de création", assimile une via ferrata à une installation de remontée mécanique. Près de Trente, sur le Monte Casale, cette loi a été violée et une via ferrata de mille mètres de hauteur a été bâtie à l'insu des autorités. La commune de Dro, opposée à la réalisation, n'avait pu empêcher l'équipement sauvage du Monte Casale. Les promoteurs de la via "Che Guevara" pensaient sans doute obtenir l'autorisation une fois le fait accompli, à l'exemple de certaines stations. Mais s'il est difficile à un individu de démonter des pylônes, l'entreprise est réalisable sur une via ferrata. L'exemple du Mont Aiguille, à l'automne 1990, l'avait montré. C'est ce qu'a décidé de faire, en plein festival de Trente, une équipe de Mountain Wilderness Italie, en accord avec la commune de Dro. Les raisons avancées au cours de la conférence de presse qui a suivi ne se limitent pas au simple aspect juridique de l'illégalité de la construction. Elles traduisent une prise de conscience générale des méfaits d'une approche artificielle de la montagne, comme l'avaient bien laissé percevoir les débats du colloque de Vérone, au début de février [1993].

Ce colloque avait dégagé un large consensus entre guides, alpinistes, clubs, et fait ressortir une double nécessité : stopper les initiatives de création de nouvelles vie ferrate, et provoquer une évolution du comportement de l'utilisateur de la montagne.

L'éternelle question a été posée une fois de plus : a-t-on le droit de faciliter l'accès de l'espace montagnard à n'importe quel prix ? Téléphériques, échelles de vie ferrate, lignes de spits sans âme, balisage barbouilleurs, tout cela relève d'un équipement fixe, apparemment irréversible. Ce qui importe dans le geste de Mountain Wilderness Italie, c'est de montrer que la réversibilité d'un équipement est possible.

Lors du débat de 1989 à Chamonix sur le thème de la protection du Mont-Blanc, un intervenant faisait remarquer que si la cabine de la Vallée Blanche devait être démontée, "cela créerait un terrible précédent". Si des opérations ponctuelles de réversibilité permettent une réflexion approfondie sur les limites raisonnables de l'aménagement du territoire montagnard - y compris le domaine vertical - alors elles auront atteint leur principal objectif.

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